Vendredi 23
Actualité des recherches sur les ports antiques.
David Lefèvre, Université Montpellier 3, Archéologie des Sociétés Méditerranéennes
› 15:15 - 15:40 (25min)
› Salle Sud de France
Le Mas Desports : un établissement portuaire antique et médiéval sur les communes de Lunel et Marsillargues (Hérault)
Maxime Scrinzi  1@  
1 : Archéologie des Sociétés Méditerranéennes  (ASM)  -  Site web
INRAP, Ministère de la Culture et de la Communication, CNRS : UMR5140, Université Paul Valéry - Montpellier III
390 av de Pérols - 34970 LATTES -  France

L'établissement du Mas Desports est localisé sur une légère éminence bornant l'ancien rivage de la corne nord-orientale de l'étang de Mauguio. Les prospections menées par Cl. Raynaud, F. Favory et J.-L. Fiches en 1987 et 1988 ont mis en évidence sept zones de concentration de mobilier avec une première occupation datée du Néolithique et une réoccupation au milieu IIe s. av. J.-C. jusqu'à nos jours. Desports présente - en sus de son nom- tous les caractères d'un établissement portuaire : topographie d'interfluve, situation sur les axes majeurs de circulation. Ces caractères ont été confirmés et amplifiés par les prospections archéologiques qui ont mis l'accent sur la multiplicité, l'étendue et la hiérarchisation des secteurs occupés, ainsi que sur la densité des fragments de céramique d'importation méditerranéenne. La position centrale du lieu de Portus au sein du peuplement littoral du Languedoc oriental a, en partie, justifié une nouvelle opération de prospection durant l'automne 2012 sous la direction de Cl. Raynaud et M. Scrinzi, afin de compléter et préciser la documentation.

Outre une première occupation mal caractérisée entre le Néolithique moyen et final, le site est réinvesti dès le milieu du IIe siècle av. J.-C. comme l'atteste l'analyse du mobilier céramique qui met en avant la prédominance des importations italiques. Les données céramologiques associées à une position du site au niveau de la corne orientale de l'ancienne lagune, constituent des arguments en faveur de l'hypothèse d'un établissement portuaire.

Les faibles indices qui matérialisent l'occupation de la seconde moitié du Ier s. av. J.-C. et de la période augustéenne rendent difficile toute interprétation du site à cette époque. L'hypothèse de rétraction de l'habitat a été donc proposée. Entre le milieu du Ier siècle et le IIe siècle, le peuplement s'organise autour de l'habitat principal en bordure de lagune dont la nature reste à éclaircir. Un établissement assez important est tout de même envisagé, du fait de la présence présumée d'un lieu de culte dédié à Jupiter et Auguste, identifié par la découverte en 1842 d'un autel qui leur est dédié. De plus, il se peut qu'il ait gardé sa fonction portuaire présumée d'origine.

À la suite d'une occupation qui semble ténue aux IIIe et IVe siècles, le réseau commercial qui se développe en Gaule méridionale à la fin de l'Antiquité, avec les importations africaines et orientales, touche le Mas Desports. Au regard de l'Antiquité, les Ve et VIe siècles marquent l'apogée du site du fait de son étendue, évaluée à plus de 4 ha toutes zones confondues, et de la richesse du mobilier céramique. Ce dernier est dominé par les productions régionales, mais également par les importations nord-africaines et de Méditerranée orientale. Le site constitue, dès le Ve siècle, un établissement portuaire voué à la redistribution des marchandises. Néanmoins, l'éminente quantité de céramiques communes à vocation culinaire, ainsi que les différentes zones de concentrations de mobilier ne doivent pas faire oublier qu'à côté de ses fonctions commerciales, le site du Mas Desports est également un grand habitat où les produits importés de Méditerranée et de Narbonnaise sont consommés. La fin du Ve siècle et la première moitié du VIe siècle constituent la période durant laquelle le Mas Desports semble atteindre sa plus grande activité. Cependant, ces échanges faiblissent dès le milieu du VIe siècle avant de s'arrêter durant le VIIe siècle à partir duquel les données deviennent épisodiques alors que nous perdons toutes traces matérielles témoignant d'une occupation du site entre le VIIIe siècle et la fin du IXe siècle.

C'est à la fin du IXe siècle que le Mas Desports présente à nouveau des indices d'occupation avec la mention de l'église Notre-Dame-des-Ports en 897, puis de l'église Saint-Pierre-de-Port en 909. Le nom de Portus que relatent les textes, souligne avant tout une fonction portuaire comme c'était le cas dans l'Antiquité. Cette activité portuaire semble être avérée jusqu'au XIIe siècle, alors qu'à partir du XIIIe siècle, la construction du canal de Lunel marque le déclin du site de Desports qui est relégué à un simple lieu de passage des marchandises. Le Portus et les deux églises sont mentionnées jusqu'au XVIIe siècle, alors que l'église Sainte-Marie est indiquée à l'état de ruine au XVIIIe siècle sur les cartes de Cassini et du canal de Lunel. Portus, aujourd'hui appelé Desports, n'a gardé de son passé portuaire que son nom. Un mas, en lien avec les travaux agricoles de ce secteur, perpétue à présent l'occupation de ce site.



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